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    ISRAEL Karl

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    Etudes doctorales à l’Université d’Angers

    Pour ma thèse de doctorat, je traite le sujet : Des coûts et des avantages de l’existence des Banques Centrales. Il s’agit de confronter les arguments en faveur des banques centrales et de leurs interventions politiques à ceux qui s’opposent à l’existence de ces institutions. Dans l’histoire de la pensée économique, on peut retrouver la question de l’organisation optimale de la monnaie et du système monétaire au moins depuis le Moyen Âge. Les scolastiques, autour de Thomas d’Aquin, ou l’humaniste Nicole Oresme au XIVème siècle ont souligné l’importance d’une monnaie stable et préconisé l’arrêt des manipulations de la valeur des pièces de monnaie par la maison royale.[1]

    David Hume (1987 [1742]) a critiqué les politiques monétaires mercantilistes, qui selon lui reposent sur la peur infondée de la raréfaction de l’or et de l’argent. Parmi les économistes classiques, David Ricardo (1824) était partisan de la nationalisation de la production de monnaie et de la création d’une banque nationale, tout comme Richard Cobden, un représentant de l’école de Manchester qui a pourtant soutenu le libre-échange et le laisser-faire dans quasiment tous les autres domaines économiques.[2]

    Quelques soixante ans plus tôt, Adam Smith (1976 [1776]) avait une position différente. Il a appliqué la doctrine du libre-échange au système bancaire et à la monnaie. Mais son analyse n’était pas exhaustive.[3] Par la suite, Thomas Hodgskin (1827) et Herbert Spencer (1891) se sont prononcés pour la privatisation complète du système monétaire.

    Au cours du XIXème siècle, le débat sur les principes monétaires et le cadre institutionnel optimal oppose la Currency School et la Banking School, principalement en Grande-Bretagne. Cette dernière n’accepte en général pas les enseignements de la théorie quantitative de la monnaie, en particulier les effets perturbateurs qu’une expansion de la masse monétaire pourrait exercer sur l’économie réelle. En face, la Currency School veut justement lutter contre ces effets, et c’est pour cela que ses membres ont majoritairement approuvé les banques centrales.[4] Il n’y avait que très peu d’exceptions, et la plupart provenaient d’économistes non britanniques. Ainsi, les Allemands Otto Michaelis (1873) et Otto Hübner (1854), l’Autrichien Ludwig von Mises (1928), et le Français Henri Cernuschi (1865, 1866) ont pour l’essentiel assenti aux doctrines de la Currency School, tout en s’abstenant de se prononcer pour un système de banques centrales.[5] Ils étaient d’avis qu’un système bancaire libre, assorti de certaines obligations de réserves, serait le plus approprié afin d’assurer un développement stable des variables macroéconomiques.

    Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des représentants de l’ordolibéralisme, comme Walter Eucken (1952), et du monétarisme, comme Milton Friedman (1960), sont parvenus à la conclusion qu’une banque centrale et une monnaie fiduciaire étaient nécessaires à la stabilité des prix et à une croissance modérée de la masse monétaire, parallèlement à la croissance économique réelle. Parmi les exceptions, on peut citer Wilhelm Röpke (1925, 1957), qui a supporté l’étalon-or, ainsi que Friedrich August von Hayek (1976, 1978), qui était favorable à la dénationalisation de la monnaie et à la concurrence monétaire. Il est intéressant de constater qu’avec l’âge, Milton Friedman (1984) semble avoir évolué, et a développé une position plutôt favorable au système bancaire libre.

    Depuis 1971, le système monétaire mondial repose entièrement sur les monnaies fiduciaires. Un tel système rend absolument indispensable une institution qui contrôle l’offre de monnaie. Ce sont les banques centrales qui s’acquittent de ce rôle aujourd’hui. Bien des arguments ont été avancés avant et après ce changement, pour souligner les avantages d’un tel système et les inconvénients de la monnaie-marchandise, et en particulier de l’étalon-or. John Maynard Keynes l’avait déjà qualifiée de « relique barbare », et avait loué les « innovations expérimentales » de la politique monétaire des années 1920.[6] Eichengreen et Temin (2000) considèrent que la première cause de la gravité de la crise de 1929 était l’adhésion à tout prix à l’idéologie de l’étalon-or.[7] La période d’après 1980, que l’on appelle la Grande Modération, a semblé confirmer l’hypothèse selon laquelle les institutions monétaires modernes ont effectivement réduit la volatilité des fluctuations du cycle économique. Toutefois, la bulle internet de 2000 et la crise d’endettement et financière actuelle ont relancé les critiques des banques centrales et de la monnaie fiduciaire.

    De Soto (2006), dans le chapitre de conclusion, propose un programme de réforme monétaire dans la tradition du libéralisme classique. Lawrence H. White a repris ces idées et a présenté sa propre proposition de réforme dans Altmiks (ed.) (2009). Récemment, à l’occasion du centenaire de la Réserve fédérale des Etats-Unis, le débat a été soulevé par Selgin et al. (2012), à travers une question provocante : la Fed a-t-elle échoué? Ils analysent la performance de la Fed depuis sa création en 1913 et concluent qu’elle n’a effectivement pas tenu ses promesses. Howden et Salerno (eds.) (2014) proposent une analyse critique de la Réserve fédérale, qui remet en question des aspects fondamentaux de son fonctionnement. Les contributeurs de l’ouvrage vont jusqu’à suggérer que la Fed est un échec total.

    Une autre publication récente, Bagus et Schwarz (eds.) (2014), contient quelques considérations spécifiques à la zone euro. Elle réunit trois visions différentes de l’organisation du système monétaire : 1.) un système de banques centrales fondé sur les règles plus restrictives,[8] 2.) le retour à l’étalon-or,[9] et 3.) la privatisation de la production de monnaie.[10] Les partisans de chacune de ces trois visions sont mécontents du système monétaire actuel.

    Toutefois, il n’existe jusqu’à présent aucune étude approfondie, qui systématise les avantages et les inconvénients des banques centrales et de la monnaie fiduciaire à la lumière des développements récents.[11] Par cette thèse de doctorat, j’espère contribuer à combler cette lacune. Les aspects les plus importants, qui méritent d’être analysés en détail, sont les suivants :

    1.)    Stabilité des prix : La Fed et la BCE ont été créées avec pour objectif de maintenir la stabilité des prix.[12] Au moins en théorie, il est vrai qu’une offre flexible de monnaie peut amener à une stabilisation de l’inflation. C’est néanmoins une question empirique de savoir si les politiques des banques centrales ont effectivement abouti à un indice des prix plus stable. Klein (1975) suggère par exemple que le taux d’inflation a beaucoup moins varié pendant les années 1950 et 1960 qu’avant 1913, mais comme l’inflation est devenu un phénomène plus persistent, les prix sont devenus beaucoup plus difficiles à anticiper.

    La déflation est un phénomène monétaire qui mérite une attention particulière. Les banques centrales ont grosso modo réussi à la prévenir. L’opinion généralement répandue selon laquelle elle est extrêmement nuisible suscite tout de même un certain nombre d’objections.[13]

     

    2.)    Réduction des fluctuations de la production réelle : Un autre argument en faveur du système de banques centrales et de l’offre flexible de monnaie est celui de la stabilisation de la production réelle. Face à une baisse de la demande agrégée, il serait possible d’augmenter les dépenses monétaires par une expansion du crédit, et ainsi de stimuler la croissance économique. D’un point de vue théorique, on pourrait contester cette idée par la théorie monétaire des cycles économiques développée par Mises (1912), Hayek (1967 [1931]) et Strigl (2000 [1934]). Il existe aussi des études empiriques, qui suggèrent que la création des banques centrales va de pair avec une augmentation des fluctuations réelles.[14]

     

    3.)    Prévention des crises bancaires et de liquidité : Un troisième argument souligne l’avantage d’un système de banques centrales et de la monnaie fiduciaire contre les crises de liquidité. Il est en effet possible de créer de nouvelles réserves à tout moment si cela est considéré comme nécessaire. Toutefois, Wicker (1996) fait valoir que les crises bancaires et de liquidité n’étaient pas très fréquentes avant 1913. En particulier, pendant les premières décennies de son existence, la Fed n’a pas réduit le nombre de crises bancaires. Le rôle de prêteur en dernier ressort a été discuté dans la littérature autour de la question de l’aléa moral. Dans la crise de la dette en Europe actuellement, ce problème revêt une nouvelle dimension, dans la mesure où il semble pouvoir s’appliquer aussi aux gouvernements nationaux.[15]

     

    Parce que je suis conscient de la dimension imprévisible de ce sujet de recherche, je ne prétends pas parvenir à une étude complète et définitive. Avec mon projet, je souhaite contribuer au débat économique sur la nécessité et les bienfaits des banques centrales en général, et de quelques-unes de leurs mesures politiques en particulier.

     


    [1] Thomas d’Aquin est parfois désigné comme le père du postulat de la stabilité monétaire. Le Traité sur la monnaie, De Moneta (env. 1358), de Nicole Oresme était le premier ouvrage entièrement voué à un sujet économique. Cf. J. G. Hülsmann, Ethische Probleme der Währungspolitik, pp. 18-19, publié dans Altmiks (ed.) (2009).

    [2] Cf. Cobden Parliamentray Testimony de 1840, comme cité dans White (1995), p. 84.

    [3] Cf. L. H. White, Reform der globalen Geldordnung: ein Plädoyer für ein freies internationales Bankenwesen, p. 38, publié dans Altmiks (ed.) (2009).

    [4] Cf. l’introduction de Leland Yeager dans Smith (1990), p. xviii.

    [5] Ibid.

    [6] Cf. Keynes (1924), p. 172.

    [7] Cf. aussi Eichengreen (1992).

    [8] Cf. les contributions de Friedman et Schwartz (pp. 27-58) et Baltensperger (pp. 67-90).

    [9] Cf. O’Driscoll (pp. 93-102).

    [10] Cf. par exemple Hülsmann (pp. 131-142) ou Hayek (pp. 103-130).

    [11] Smith (1990 [1936]) est un exemple important dans la littérature. Evidemment, cet ouvrage ne comprend pas de discussion sur la seconde moitié du XXème siècle.

    [12] Pour la BCE cf. article 127(1) du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : « L'objectif principal du Système européen de banques centrales […] est de maintenir la stabilité des prix. » Pour la Fed cf. Federal Reserve Act, Section 2A.

    [13] Pour une discussion théorique, cf. Hülsmann (2008) et Hülsmann (2010) chapitre 4.4 La lutte contre la déflation. Pour une analyse empirique, cf. Bordo and Filardo (2005, p. 834).

    [14] Cf. par exemple la série du PIB de Kuznets-Kendrick pour les Etats-Unis, comme citée dans Selgin et al. (2012).

    [15] Cf. par exemple Bagus (2012).